Amour, sexe et écologie…

Par · 7 fév 2012

L’amour va-t-il sauver la planète ? Cela paraît un peu fleur bleue, mais c’est l’idée que défendent certains spécialistes des émissions de carbones ou certaines organisations environnementales. Est-ce que ce n’est pas pousser le bouchon écolo un peu loin ? C’est évidemment un sujet tout trouvé à l’approche de la Saint-Valentin.

On critique souvent cette fête pour son côté commercial… A ce propos, j’attire votre attention sur ce mouvement d’actions spontanées de militants qui dénonçent la dérive mercantile de la Saint-Valentin, un mouvement auquel s’associe la Fédération Inter-Environnement Wallonie en diffusant le slogan « Saint-Valentin : faites l’amour, pas les magasins »… Une manière de « (ré)affirmer que l’amour ne se prouve ni ne se jauge à l’aune du matériel et qu’aucun présent n’aura jamais plus de valeur qu’un geste de tendresse, une marque d’affection, une attention particulière, un sourire gratuit, un doux moment partagé ». Et plus globalement, (…) d’ »interpeler le public pour l’inciter à sortir du culte aveugle de la consommation effrénée ». Ce samedi 11 février 2012, des petits groupes de bénévoles distribueront en divers lieux wallons dédiés au commerce des « Bons pour un câlin » destinés à remplacer les achats valentinesques. (Je glisse en fin d’article le lien pour imprimer vous-même ces flyers et affiches…)

Ceci dit, la fête des amoureux est aussi en passe aujourd’hui de prendre une autres signification! En effet, être amoureux et surtout vivre en couple représente aujourd’hui une façon d’alléger notre empreinte écologique… En 2008, des scientifiques américains ont étudié l’impact des divorces sur l’environnement. En mesurant les dépenses engendrées par les couples qui se séparent, ils ont estimé qu’en évitant les divorces, on pourrait économiser 73 milliards de kilowatts/heure d’électricité et 2 373 milliards de litres d’eau sur un an aux Etats-Unis.

Comment expliquer ces chiffres ? C’est assez simple et logique : le divorce provoque généralement le déménagement d’un des ex-époux et la création d’un nouveau foyer, avec de nouveaux équipements. D’après cette même étude, les ménages de divorcés américains dépenseraient 56% d’électricité et d’eau en plus par personne que les couples mariés, et utiliseraient 61% de plus de ressources énergétiques qu’avant leur séparation. Je n’ai pas trouvé ces chiffres pour la Belgique, mais ce qui est certain, c’est que le nombre de divorces a augmenté chez nous ces dernières décennies : il est passé de 20.331 en 1990 à 27 000 en l’an 2000. Il a encore augmenté jusqu’à atteindre plus de 35000 en 2008, et bien qu’il ait baissé en 2009 pour atteindre 32.606, ce que l’on peut dire de toute façon, c’est que divorce ou pas, la tendance est à une réduction de la taille des ménages… Ceux-ci comptaient encore 2,98 membres en 1970, et se sont réduits en 2008 à 2,31 membres… De plus petits ménages, c’est plus d’habitations, plus d’équipements aussi, et donc plus de consommations !

De là à faire des liens entre le fait que les temps soient durs tant pour la planète que pour les mariages, il n’y a qu’un pas…que franchissent donc certains ! C’est le cas de Frédéric Chomé, cet expert carbone directeur de Factor X,qui tient un blog sur le site du magazine Terra Economica, et y soutient que pour vivre bas carbone, il faut s’aimer! Il conseille en guise de clin d’oeil aux amoureux d’aller vivre en Bretagne, où le taux de divorces et séparations est particulièrement faible… Plus sérieusement, il suggère, en cas de séparation, de reprendre une colocation ou de louer un bâtiment existant plutôt que partir s’exiler loin et de construire un nouveau nid… Et puis évidemment, surtout, de se retrouver un/une amoureux/se TRES rapidement!

Bien, être amoureux, c’est de toute façon ce qu’on souhaite à chacun, mais de là à se mettre en quête d’un partenaire pour des raisons d’empreinte écologique : est-ce que ce critère fait vraiment partie des préoccupations des célibataires ?

En tout cas, il semble que l’écologie entre doucement dans les critères de compatibilité conjugale, un peu au même titre que les convictions philosophiques, et même parfois de manière plus importante puisque les convictions écologiques peuvent avoir des répercussions très pratiques dans notre vie quotidienne… Difficile de tomber amoureuse d’un fou de formule 1 ou de quad quand on essaye de vivre sans voiture… Heureusement, en amour, beaucoup de choses sont possibles ! Mais tout de même, ce phénomène a été épinglé par une journaliste du New York Times qui estime que l’on voit émerger aujourd’hui un nouveau type de divorce, l’éco-divorce, çad le divorce pour incompatibilité écologique ! Elle raconte notamment le destin de Lisa, une végétarienne qui a rompu avec son petit ami à cause de son irrépressible envie de côte de bœuf !

Ici, on pourrait dire que cette histoire d’amour s’est terminée davantage pour cause d’intolérance que d’incompatibilité ! Mais il n’empêche que si l’on a des convictions fortes, qu’elles soient dans le domaine écologique ou dans un autre domaine, cela facilite les choses si on n’a pas de désaccords fondamentaux…

C’est pour cela sans doute qu’on a vu fleurir aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années des sites de rencontre écolo ! Les célibataires s’y inscrivent pour trouver l’âme soeur ayant les mêmes préoccupations qu’eux. Végétariens, écologistes, défenseurs des animaux… Ces sites sont plus rares en Europe. A noter tout de même qu’ils existent : il y a par exemple amours-bio.com et ecolo-rencontre.com, mais apparemment, ce phénomène a moins d’impact chez nous. Je ne sais pas s’il faut conclure que les amoureux européens acceptent davantage de polémique dans leur couple. En tout cas, on peut se dire que ne pas être d’accord sur tout permet de mettre un peu de piment dans les relations amoureuses et conjugales !

Bien, passons maintenant à un sujet inévitable quand on a trouvé son amoureux et que l’on passe aux choses sérieuses : le préservatif ! Il a aussi sa version écolo ?

Pas question bien sûr de remettre en cause le préservatif ! Mais il faut savoir qu’on en fabrique par centaines de millions d’unités à travers le monde chaque année. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population, on en a produit 10,4 milliards d’unités en 2005. Jetables par définition, ils deviennent après leur utilisation des déchets. Bien sûr, on se dit que le latex a une origine naturelle. Mais il faut savoir que près de la moitié des capotes sont produites en Thaïlande, au plus près des plantations d’hévéas. Et que lors de la fabrication, le latex, matériau de base du préservatif, est élaboré dans des cuves auxquelles on ajoute des conservateurs et des stabilisants chimiques. C’est notamment ce qui permet de lui donner toutes les formes, les couleurs et saveurs possibles. Mais aussi ce qui peut par exemple favoriser des allergies. Les préservatifs en polyuréthane, quant à eux, ne sont pas biodégradables. Or des millions de capotes usagées finissent le plus souvent au fond des toilettes, et finissent par perturber le fonctionnement des stations d’épuration des eaux usées.

Bien sûr, ça ne change rien au fait qu’il faut sortir couvert ! Mais pour ceux qui veulent sortir couverts en vert, il existe aujourd’hui des alternatives : des préservatifs tout aussi efficaces mais bio par exemple, dans lesquels toutes les substances ajoutées au caoutchouc de base sont naturelles. On trouve même aujourd’hui des préservatifs en latex issu du commerce équitable, signés de la marque de capotes anglaise French Letter !

Laissons tomber les tabous aujourd’hui, et allons-y franchement : il existe aussi d’autres accessoires pour l’amour écolo ! On trouve évidemment aujourd’hui aussi des godemichés, des vibromasseurs et autres boules vibrantes écologiques. On pourrait se dire qu’il s’agit avant tout d’une façon pour les marques de se faire remarquer, une technique de marketing. Mais elles répondent pourtant à un véritable problème : la plupart des accessoires sexuels sont fabriqués à partir de polychlorure de vinyle, ce fameux polymère thermoplastique, dont on a déjà parlé dans Nuwa et qui est mieux connu sous le terme de PVC. Or, pour assouplir le PVC, on lui ajoute très souvent des plastifiants, parmi lesquels les phtalates, une molécule qui a très mauvaise réputation, et dont on a beaucoup parlé par rapport aux dangers qu’ils représentaient notamment dans les jouets pour enfants… On sait que notamment que des souris exposées à des taux élevés de phtalates subissent des perturbations du système reproductif, voire même des cancers. L’exposition à ce perturbateur endocrinien peut en outre avoir un effet négatif sur le sperme humain. Mais alors qu’autour des jouets des petits, la législation est devenue plus sévère, pour les joujous des grands, il en va tout autrement ! Les jouets pour adultes ne sont jamais testés et leur fabrication n’est pas régulée. En 2000, une étude allemande a trouvé 10 substances chimiques dangereuses dans des sex-toys vendus en Europe à des taux bien supérieurs aux normes en vigueur à l’époque (diéthylhexyl phtalates, toluène, phénol, etc.). Voilà pourquoi choisir des accessoires érotiques écologiques, à base de matériaux plus stables ou naturels est sans doute une bonne idée !

Bien , mais certains de ces joujoux contiennent des piles! Là aussi, il y a des innovations, avec des joujoux solaires ou à manivelle… Mais  il est vrai que nombre de ces objets sont aussi de vrais gadgets technologiques…Du coup, il n’est pas inutile de rappeler que lorsqu’on s’est lassé de son canard vibrant et lumineux, il ne faut pas le jeter à la poubelle ! C’est un déchet électronique, qui doit rejoindre votre parc à conteneur ! A noter aussi cette initiative intéressante : en Grande-Bretagne, le magasin Love Honey a lancé le programme Rabbit Amnesty et lancé le premier programme officiel de recyclage de jouets sexuels. Pour chaque joujou rapporté en magasin ou envoyé en centre de recyclage, Love Honey verse 1,5 euro à une association de protection de la forêt tropicale (World land trust) et propose une ristourne de 50% sur le nouvel achat de vibro.

L’idée n’est pas mauvaise, mais elle flirte avec le greenwashing ! Et en ce domaine, elle n’est pas la seule. Faire l’amour pour la planète est devenu pour certains une source de revenu plutôt douteuse. Vous avez peut-être entendu cette histoire qui fait sourire mais qui mérite une réflexion critique. En 2004, Leona Johansson et Tommy Hol Ellingsen, deux Norvégiens, font la première partie d’un concert des Cumshots, un groupe de Heavy Metal. Ils racontent à plus de 5000 personnes l’impact de l’activité humaines sur les forêts primaires et demandent au public jusqu’où il serait prêt à aller pour sauver les poumons de la planète ? Ce faisant, ils se déshabillent et font l’amour sur scène, exhortant 5000 spectateurs médusés à faire de même. Depuis, Leona et Tommy ont dû quitter la Norvège, poursuivis par les autorités qui veulent les condamner pour attentat à la pudeur. Ils se sont réfugiés à Berlin. Depuis ce jour, ils mettent en scène leurs performances sexuelles lors de concerts événements dont les fonds vont directement à la défense de la forêt amazonienne. Mettre l’argent du porno au profit d’une bonne cause, c’est l’ argument de leur groupe appelé « Fuck for the forest ». En soi, pourquoi pas. Mais alors qu’en 2005, ils ont communiqué avoir recueilli plus de 75000 euros, depuis lors, le montant de leurs revenus est tenu secret. Pour limiter l’exploitation humaine des forêts, les deux tourtereaux assurent reverser une partie de leurs gains agréablement gagnés à « la forêt vierge ». Mais personne ne sait réellement ce qu’est devenu cet argent…Comme conclut le site www.mescoursespourlaplanete.com , « un peu de traçabilité dans ce monde de fesses, fut-il pour la bonne cause, ne nuirait pas. »

Bien, finissons cette chronique comme d’habitude par un conseil pratique!-) Je vous renverrai, sous forme de clin d’oeil, vers le mini-guide pour des pratiques sexuelles écologiques édité en 2002 par Greepeace…Le guide de l’écosexuel en quelque sorte, puisqu’après l’ère des métrosexuels, puis des huber sexuels, on est entrés dans celle des écosexuels ! Alors, dans ce petit guide, Greenpeace se décline ainsi en une dizaine de points, parmi lesquels par exemple on conseille d’éteindre la lumière ou de faire l’amour en journée, ou encore de prendre une douche à deux ! Greenpeace conclut par un traditionnel « Faites l’amour pas la guerre. » Moi j’ai envie d’ajouter qu’amour, humour et planète peuvent faire bon ménage sans se prendre la tête ! Joyeuse Saint-Valentin !

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Commentaires2 Comments

  1. Zone Ecolo dit :

    Chouette article… je le twitte à l’approche de la Saint-Valentin 2012 !

  2. Isabelle dit :

    Merci, Zone Ecolo! Je viens d’y ajouter quelques infos de dernière minute!

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