L’extrait de pépin de pamplemousse, c’est pas de la poudre de perlimpinpin!

Par · 4 fév 2011

Extrait de pépin de pamplemousseOn est au coeur de l’hiver, et les rhumes et refroidissements nous guettent… Pour accroître sa résistance et renforcer son immunité, on a tous nos petits trucs… Mais quelle est leur efficacité réelle ? Ce 4 février, dans Nuwa, je vous proposais de faire le point sur deux de ces remèdes: voici un petit compte-rendu du match anti-grippe oignon/extrait de pépin de pamplemousse!


J’ai d’abord fait quelques recherches concernant un truc douteux ou en tout cas intriguant, que vous avez peut-être reçu comme moi par internet… Un mail bizarre, qui vous explique l’histoire d’un brave médecin de campagne qui, en pleine épidémie de grippe espagnole (1919), serait allé rendre visite à des fermiers et qui aurait compris que ceux-ci avaient échappé à la terrible maladie grâce à un oignon non pelé déposé dans chaque pièce de la maison. Le médecin, intrigué, aurait emmené avec lui un de ces fameux oignons et en le regardant au microscope y aurait trouvé le virus de la grippe, littéralement absorbé par le bulbe. Or, comme le soulignent les enquêteurs de l’excellent site Hoaxbuster (http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/hoax.php?idArticle=81295) pour voir et, a fortiori, identifier le virus de la grippe il faut un microscope électronique, or celui-ci n’a été inventé qu’en 1931… De l’oignon dans une pièce pour éviter la grippe, c’est donc sans doute plutôt douteux. Enfin, ça ne coute rien d’essayer, et ça ne peut pas faire de mal, c’est déjà ça, mais si vous voulez lutter contre les maladies, mieux vaut surtout renforcer votre propre immunité, et pour ça, il vaut mieux manger de l’oignon ou de l’ail (cru)… On avait déjà évoqué leur pouvoir dans une chronique sur les légumes de saison il y a quelques semaines.


On entend beaucoup parler aussi de l’extrait de pépin de pamplemousse, que l’on compare même parfois à un antibiotique. Est-ce que c’est aussi un remède douteux ?

Là, c’est différent, même s’il y a à ce sujet un peu de polémique. Mais avant d’expliquer cette polémique, un petit bout d’histoire, car il y a une véritable légende de l’extrait de pépin de pamplemousse, et comme toute légende, elle a un fond historique. On raconte que c’est Jacob Harich (1919-1996), un médecin immunologiste yougoslave, qui ayant une passion pour le jardinage, aurait été intrigué par le fait que les pépins de pamplemousse mis au compost ne se décomposaient pas. Or, Jacob Harich, qui avait émigré aux USA s’intéressait aux substances naturelles antimicrobiennes. Il est d’ailleurs devenu chercheur en Floride en 1967…


ll n’y avait pas de meilleur endroit pour étudier l’effet des graines de pamplemousse, puisque la Floride est réputée pour sa production d’agrumes.

En effet, et c’est ainsi que Jacob Harich a découvert que les pépins de pamplemousse renferment une substance antimicrobienne extrêmement puissante, ayant des effets tant sur les bactéries, que sur les champignons, les levures, les parasites et même sur les virus. Une substance qui pour couronner ces effets est tout à fait naturelle, et qui plus est, qui ne semble a priori provoquer aucun effet secondaire… Last but not least, plusieurs études ont confirmé par la suite que l’extrait de pépin de pamplemousse peut être administré sans provoquer de résistance. C’est ce qui fit dire au Dr Allan Sachs que l’EPP est en quelque sorte un antibiotique idéal. C’est en tout ca ce que ce médecin écrivit en 1997 dans son ouvrage The Authoritative Guide to Grapefruit Seed Extract.


Est-ce que ce statut d’antibiotique naturel est controversé ?

En fait, comme la découverte de cette substance est encore relativement récente, les études pharmacologiques et toxicologiques ne sont pas très nombreuses. Sur son excellent site Le Grand ménage, Raffa explique que trois études scientifiques, dont deux japonaises (1996 et 2001) et une allemande (1999) ont montré que certains EPP commercialisés n’étaient pas vraiment naturels dans la mesure où on y décellait la présence en quantité non négligeable d’antibiotiques et de conservateurs industriels : le chlorure de benzéthonium (composé quaternaire d’ammonium, toxique), le triclosan et le methyl paraben. Ces études remettaient du coup aussi en cause l’efficacité de l’EPP car elles faisaient une relation entre certains EPP n’ayant pas d’effets antibiotiques et le fait que ces derniers ne contenaient pas les conservateurs industriels incriminés. Ces études en arrivaient donc à la conclusion qu’il fallait attribuer les propriétés antimicrobiennes de l’EPP à la présence de ces produits synthétiques… Depuis le début de cette controverse, plusieurs sociétés qui utilisaient l’EPP (cosmétique naturel par exemple) ont cessé de l’employer.


Est-ce que d’autres études permettent aujourd’hui de savoir si c’est un produit de charlatan ou un produit miracle ?

Des études scientifiques récentes (2002, 2004) ont montré l’efficacité de l’EPP de qualité, y compris de fabrication maison (et donc sans ajouts de produits industriels). Selon les défenseurs de l’EPP, parmi lesquels on trouve bien sûr les vendeurs de cette substance, il y a eu confusion dans les études précédentes entre l’élément actif de l’EPP, l’hydrobenzene diphénol, et le benzéthonium. Les deux substances, bien que l’un soit naturelle et l’autre industrielle, se ressemblent chimiquement. Elles ont notamment un poids moléculaire très semblable. Les vendeurs sérieux d’EPP le certifient d’ailleurs sans benzéthonium, triclosan, paraben et pesticides, études indépendantes à l’appui.


Est-ce que cela veut dire qu’il existe sur le marché des extraits de pépins de pamplemousse frauduleux ?

En effet, il faut faire attention à la qualité des EPP que l’on consomme. Des chercheurs ont révélé en 2008 que 7 marques d’EPP sur 9 étaient contaminées par des produits de synthèse. Il est donc important d’acheter des EPP certifiés sans les produits qu’on vient de citer et sans pesticides, çad des EPP dont la composition se résume à de l’ eau pure, de la glycérine, et, évidemment, de l’extrait de pépins de pamplemousse.



Bien, mais une fois qu’on a le bon EPP on en fait quoi ?

Les indications pour l’utilisation de l’EPP sont innombrables ! L’extrait de pépins de pamplemousse (ou de pomélo) possède des propriétés antimicrobiennes qui sont d’ailleurs mises à profit en agriculture : les éleveurs d’animaux biologiques, qui ne sont pas autorisés à soigner leurs animaux aux antibiotiques, l’utilisent pour soigner leurs bêtes. On l’utilise aussi en jardinage contre les moisissures, la rouille, le mildiou et les autres maladies fongiques. Il peut aussi être employé pour combattre les insectes, particulièrement ceux qui n’ont pas de carapace, comme les limaces ou les pucerons. On peut s’en servir, dilué, pour arroser les plantes d’intérieur.


Et chez l’homme ? C’est indiqué pour les rhumes, pour la grippe ?

C’est un antibactérien, antifongique, antimicrobien, antiviral, anti-parasites et conservateur. On l’utilise d’ailleurs en tant que tel dans la fabrication de produits cosmétiques maison, à raison d’1 goutte pour 250 ml. On peut l’utiliser en application externe pour soigner les affections de la bouche comme les aphtes, par exemple, ou pour traiter les petites blessures de la peau, pour lutter contre les pellicules, pour venir à bout d’impuretés de la peau ou de mycoses… En interne, l’EPP permet de soigner les rhumes et la grippe, mais aussi les inflammations, les dysfonctionnements du système digestif, et les maladies parasitaires…


Comment doit-on l’utiliser ?

Attention, vu son efficacité, l’EPP doit être considéré comme un véritable médicament même s’il est naturel ! La consommation d’EPP mais aussi de pamplemousse ou de jus de pamplemousse peut entraîner une augmentation ou, moins fréquemment, une diminution des effets de certains médicaments. Des substances contenues dans ce fruit empêchent un enzyme de métaboliser les médicaments en cause, ce qui entraîne l’augmentation de leur concentration dans le sang, pouvant causer des réactions indésirables graves (et même parfois mortelles). Une fois qu’on a le consentement de son médecin, on utilise l’EPP toujours dilué ! En interne, la posologie varie de 6 à 20 gouttes d’extrait 2 à 3 fois par jour, selon l’affection. Il faut bien mélanger les gouttes dans un verre d’eau ou de jus de fruits car il est très très amer. Personnellement, je le mélange dans un verre de sirop de citron…



Est-ce que l’effet est comparable, si on mange du pamplemousse ?

La substance dont on a parlé est concentrée dans les pépins du pamplemousse mais le pamplemousse est plein de vertus lui aussi…Pour découvrir tout ce qu’il peut vous apporter dans ses différentes formes, que ce soit l’EPP mais aussi l’huile essentielle de pamplemousse, ou le pamplemousse cru, mais aussi pour savoir par exemple distinguer le vrai pamplemousse du pomelo (et ça c’est une histoire compliquée), je vous propose une petite lecture très sympa : « Le Pamplemousse malin », d’Alix Lefief-Delcourt, aux Ed. Leduc S. Un petit livre hyper pratique, bourré de recettes en tout genre !





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