Les écoquartiers: habitats du futur ou poudre verte aux yeux?

Par · 8 avr 2011

Photo du 62733119-05- à 17.25Les écoquartiers sont-ils l’ habitat du futur ? Ils ont en tout cas le vent en poupe… Cette appellation fleurit sur de nombreuses pancartes annonçant des projets immobiliers. Eco-quartier, écoquartier, quartier vert ou durable : le terme est-il exploité à bon escient, et recouvre-t-il une vraie solution d’avenir pour l’habitat régional ? Je tentais de répondre à cette question dans Nuwa (La Première, RTBF), ce 8 avril 2011.

Le mot écoquartier est mis à toutes les sauces en ce moment, au point que l’on peut se demander s’il s’agit d’un véritable concept précis, qui pourrait être considéré comme un label de qualité, ou si ce nouveau mot est galvaudé pour permettre à des promoteurs de surfer sur la vague verte pour imposer des projets coûteux… Premier constat, lorsque l’on s’intéresse à la notion d’écoquartier : la définition du terme reste vague, bien qu’il figure dans « Le Petit Larousse illustré 2011 », selon lequel un écoquartier est une « partie d’une ville ou un ensemble de bâtiments qui prennent en compte les exigences du développement durable, notamment en ce qui concerne l’énergie, l’environnement et la vie sociale »…


Prendre en compte les exigences du développement durable : mais à quel point ? Existe-t-il des critères précis qui donnent droit à cette appellation ?

L’encyclopédie en ligne Wikipedia nous rappelle que ce néologisme est controversé par les linguistes francophones car le préfixe « éco », n’est pas, en Français, le préfixe distinctif de l’écologie puisqu’il correspond aussi à celui de l’économie… Ce débat de linguistes a le mérite de mettre le doigt sur une confusion qui semble régner autour de l’exploitation du concept-même d’écoquartier, tous les projets se revendiquant comme tels ne prenant pas en compte les enjeux environnementaux avec le même niveau d’exigence, et révélant parfois, sous leurs panneaux photovoltaïques, des ambitions plus économiques qu’écologiques…

Il existe pourtant projets aujourd’hui des réalisations ambitieuses qui sont considérées aujourd’hui comme des « manifestes » grandeur nature de l’écoquartier : c’est le cas du quartier Bedzed à Londres, non ?

C’est en effet un exemple emblématique. Au Sud de Londres, la ville résidentielle de Sutton accueille depuis 2002 les occupants du quartier de BedZED, ou Beddington Zero Energy (fossil) Development. Cet îlot d’habitats écologiques comprend 82 logements pour 250 habitants et couvre 1,7 hectares, sur lesquels on trouve, outre les logements, 2500 m2 de bureaux et commerces, un espace communautaire, une salle de spectacles, une crèche, un café et un restaurant, un complexe sportif, un centre médicosocial, des espaces verts et une unité de cogénération. Ce projet ambitieux sur le plan de l’efficacité énergétique est issu de la rencontre d’un architecte féru de maisons solaires, Bill Dunster, et d’une municipalité (Sutton) qui a affiché son engagement pour le développement durable depuis 1986 par diverses actions concrètes, comme la publication d’une Déclaration environnementale, la mise en oeuvre d’un Agenda 21 local, et l’engagement d’une procédure EMAS (système européen de management environnemental et d’audit permettant d’évaluer, d’améliorer et de rendre compte de la performance d’une organisation). Cet engagement municipal a favorisé l’aménagement d’un quartier durable.

Quelle est l’empreinte écologique de BedZED ?

Elle est 50% moins élevée que celle d’habitats classiques : les dépenses énergétiques pour le chauffage y sont réduites de 90%, la consommation totale énergétique de 70%, et le volume de déchets de 75%. Au sein des 7 corps de bâtiments du quartier, chaque logement dispose d’une serre exposée au sud et d’un jardinet de 15 mètres carrés. Un système de passerelles permet aux résidents des étages supérieurs de circuler facilement, tandis qu’au sol, des espaces réservés aux piétons et aux cyclistes ont été aménagés. Le quartier de BedZED est socialement panaché : plus de la moitié des logements ont en effet été réservés à des familles à revenus modestes, ainsi que le souhaitait un des partenaires du projet, la Fondation Peabody, importante organisation caritative de Londres. Le prix du logement est à peu près 20% plus cher que le prix moyen de l’immobilier dans cette banlieue, mais il est compensé par l’offre de services et les faibles charges d’exploitation. La vie de BedZed est en outre animée associations d’habitants, qui gèrent également les structures collectives telles que la crèche…

On peut dire que Bedzed est un écoquartier sans énergie fossile et sans faute ? Est-ce le cas de tous les écoquartiers ?

D’autres projets pionniers montrent autant de cohérence : on pourrait citer le quartier Vauban à Fribourg, ou encore le quartier B001 de Malmö. Les points communs de ces écoquartiers exemplaires sont l’attention portée à la réduction des consommations énergétiques, à l’utilisation de transports doux (transports en commun, vélo, marche à pied), à la réduction de consommation d’eau, ou encore à la limitation de la production de déchets (par tri sélectif et mise en place d’un compost). Mais il y est aussi question de développement de la biodiversité, d’utilisation de matériaux de construction locaux et écologiques, et enfin, last but not least, ces projets cultivent une dimension démocratique ou participative : les citoyens participent à la vie du quartier et à sa gestion.

Mais tous les écoquartiers n’affichent pas les mêmes ambitions…

On peut constater par exemple que tous les écoquartiers n’affichent pas une intention de mixité sociale… Par exemple, pour habiter dans le lotissement de 220 logements « thermo-efficaces » des Pléiades à Visé, un lieu qui a souvent été cité en exemple dans la presse comme un écoquartier bien que ses promoteurs n’aient pas utilisé ce terme, il faut débourser un minimum de 250 000 euros (terrain compris) pour une maison mitoyenne de 130 m², et jusqu’à 700 000 euros pour les maisons les plus luxueuses. Ce budget assure une certaine sélection naturelle des habitants… et garantit le « voisinage agréable » prôné par le folder !

Mais alors, en l’absence d’une définition officielle qui pourrait être assortie un jour d’un label, comment distinguer les vrais projets d’écoquartiers de ceux qui ne lancent que de la poudre (verte) aux yeux ?

Pour Hélène Ancion, chargée de mission aménagement du territoire et urbanisme au sein d’Inter Environnement Wallonie, « il faut d’abord éliminer de la liste les réalisations et les projets qui n’offrent pas la combinaison de ces trois critères : impact réduit sur la nature, implication des habitants, mixité fonctionnelle et sociale. Par exemple, des projets de construction où les logements sont dotés des meilleures techniques disponibles en matière d’isolation, mais où le moindre des déplacements sera confié à la voiture. De même, on se méfiera du remplissage effréné des derniers terrains encore vierges dans des noyaux densément urbanisés(…). Il y a d’ailleurs assez de chancres à recycler pour éviter d’aplanir les terrils ou de mettre des barres d’appartements en bord de cours d’eau. Quant à la notion de concertation, si elle n’a pas été inclue dans la réflexion originelle et n’est pas prévue au programme, elle permet d’éliminer d’office bien des écoquartiers « de façade ». Enfin, on sortira aussi de ce tri les projets faisant de la mixité sociale, culturelle et générationnelle un argument de vente démenti par le prix des logements, leur configuration et l’absence d’une structure de services. »

On imagine que très peu des projets qui fleurissent un peu partout en Wallonie passent au travers de ce tri…

C’est la raison pour laquelle certains entrevoientt davantage d’avenir au concept de « ville lente » pour rendre possible une autre façon d’habiter en ville. Le réseau Cittaslow a en effet adopté un manifeste qui comprend 70 recommandations et obligations, ce qui offre un cadre plu précis aux projets de ce type. Hélène Ancion, quant à elle, se rapproche de cette vision des choses et nous propose de découvrir autour de nous des écoquartiers qui s’ignorent, tels que celui d’Angleur. Cette ancienne commune de Liège mériterait selon elle à bien des égards le titre d’écoquartier : il est accessible à pied et en transports en commun, est émaillé de nombreux espaces verts, et il combine mixité des fonctions et diversité sociale. Pour finir, je vous conseille la lecture du livre « Vivre ensemble autrement » (Ed. Ulmer, 2010). L’auteur, Pascale d’Erm, y estime que les écoquartiers ne sont pas une utopie, au sens étymologique du terme, qui signifie lieu qui n’est de nulle part. Les écoquartiers sélectionnés par cette journaliste en Europe, parmi lesquels figure La Barraque de Louvain-la-Neuve, « incarnent, selon elle, à merveille l’aspiration des hommes et des femmes à vivre mieux ensemble ». Et de conclure qu’il est « libre à chacun de s’en inspirer pour que la réalisation de leur utopie, rêve, objectif, ou désir irrigue la société toute entière. »


On retrouve d’avantage d’informations sur ce thème dans le dossier de la revue Espace Vie du mois d’avril 2011 éditée par la Maison de l’Urbanisme du Brabant Wallon.

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