Comment se passer d’huile de palme… Avec Chanee!

Par · 29 oct 2010

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Chanee dans Sans Chichis. Photo Martin Godfroid

C’est un invité très spécial que Sans Chichis accueille aujourd’hui : Aurélien Brûlé est Français, mais il vit sur l’île de Bornéo, en Indonésie, où il s’est établi dès ses 18 ans pour poursuivre son rêve d’enfant et d’adolescent: sauver les gibbons ! Là-bas, Aurélien a été surnommé Chanee, et c’est comme ça qu’on l’appelle la plupart du temps aujourd’hui.

Chanee était en effet de passage en Belgique et en France en ce mois d’octobre pour défendre son projet de sauvegarde des gibbons… C’est une passion qui est née alors qu’il avait à peine 12 ans, et qu’il n’a jamais abandonnée. Ça commence par la lectures de livres sur les primates. Chanee écrit alors à un primatologue qui lui conseille d’aller observer les gibbons dans les zoos. C’est ce qu’il fait alors un jour complet par semaine. Assis devant une cage, il les observe. Il écrit même dès ses 16 ans un livre destiné aux parcs qui ont ces animaux en charge… Pour lui, les gibbons sont aussi une présence importante. Une rencontre avec une femelle gibbon lui fera comprendre qu’ils ont besoin de nous autant que nous avons besoin d’eux… C’est comme ça qu’est né un projet fou… Chanee est parti une première fois en Indonésie alors qu’il avait 17 ans, et s’y est installé dès ses 18 ans pour fonder l’association Kalaweit. Cette association s’occupe de recueillir, soigner, puis relâcher des gibbons dans un sanctuaire, une zone protégée, sauvage, dans laquelle ils ne seront plus menacés. Il faut dire que l’espèce est menacée et même en voie d’extinction, suite à la disparition de son habitat.

 

Pour Chanee, la première menace qui pèse sur les gibbons, c’est la déforestation. La forêt est convertie en d’énormes plantations destinées à l’exportation d’huile vers l’Europe, les Etats-Unis, l’Inde et la Chine. L’huile de palme se retrouve dans les composants de l’industrie alimentaire et cosmétique. Minimum 2 produits sur dix des cuisines européennes contiennent de l’huile de palme ! Sans s’en rendre compte, on contribue donc à la déforestation de l’Indonésie. Il n’y a pas que les gibbons qui en font les frais. Les villageois indonésiens savent que cette huile n’est pas un avantage pour eux. Il y a 30 ans, il y avait déjà à Bornéo des plantations, ce sont aujourd’hui les zones les plus pauvres de l’île !

Aujourd’hui, l’association dont s’occupe Chanee, Kalaweit, mène deux programmes en Indonésie : un à Bornéo et l’autre à Sumatra. Depuis sa création, elle a sauvé et soigné 280 gibbons issus de trafics illégaux, et relâché une famille de gibbons tous les 3 mois depuis janvier 2007. Pour cela une réserve de 38 000 hectares a été créée en partenariat avec l’association « One Voice » www.onevoice-ear.org, protégée sur le terrain par Kalaweit avec les populations locales…

 

Channe agit avec  les populations locales, qui l’ont en quelque sorte adopté: les Dayaks, malgré leur réputation de « coupeurs de tête » de Bornéo sont des gens très accueillants. Mais ce processus doit être lent : il faut d’abord mettre les gens en confiance. Cela ne nécessite pas beaucoup d’argent mais un énorme travail d’information : s’asseoir avec les gens, discuter, expliquer… Quand un village entier devient votre allié, tout devient plus facile. On ne peut pas sauver les gibbons sans aider les populations locales.  Il ne faut surtout pas être misanthrope, arriver en se disant « Moi, je n’aime que les animaux ! ». C’est pour ça que j’anime une émission de radio sur place. Et puis, Kalaweit finance aussi une école et un soutien médical pour les populations locales L’association donne aussi du travail à 56 personnes à plein temps.

 

J’avais très envie de poser cette question à Chanee: alors que les défenseurs de l’huile de palme considèrent que cette culture est une source de revenu non négligeable pour les populations des pays producteurs, les organisations non gouvernementales estiment au contraire que la déforestation est un facteur de paupérisation de la population et d’émergence de conflits sociaux. Qui faut-il croire dans ce débat ?

 

Le problème, répond Chanee,  c’est que les travailleurs des plantations de Bornéo ne sont pas des autochtones, mais des personnes recrutées dans les bidonvilles de Java. Ils sont regroupés dans des camps, d’où ils ne sortent que rarement, et leurs enfants sont scolarisés par la compagnie, au sein même de la plantation. Des conditions de travail que les Dayak, habitants de Bornéo refusent. Des populations entières dont la subsistance dépend de la forêt sont ainsi privées de leurs terres et forcées de modifier leur mode de vie.

 

Pour lutter contre la déforestation, Chanee comme de nombreuse ONG conseillent d’éviter la consommation d’huile de palme  (même BIO) pour continuer à faire pression sur les compagnies pour quelles changent leurs  méthodes. On a vu récemment que ça marche. Greenpeace a fait pression sur le groupe Nestlé avec un clip vidéo diffusé sur internet, au début de cette année, et Nestlé s’est engagé au changement. Mais il faut avouer qu’il y a encore de la marge, et qu’il est plus difficile aujourd’hui de trouver un produit sans huile de palme qu’un produit qui en contient. Je vous ai fait un petit panier de courses qui vous montre toute une série de produits dans lesquels on trouve de l’huile de palme : margarine, chips, biscuits, lait en poudre pour bébé, biscottes, purée instantanée, brioche, choco, et cosmétiques comme le savon…Elle est véritablement partout ! Heureusement, quand on décrypte les étiquettes, il y a encore moyen de l’éviter. L’huile de palme et ses dérivés portent plusieurs noms : Palmate, Sodium palmate, Isopropyl Palmitate, Hexadécanoate d’Isopropyle ou Palmitate d’Isopropyle. Attention la mention huile végétale ou matière grasse végétale hydrogénée ou non hydrogénée peut signifier que le produit contient quand même de l’huile de palme. J’ai tout de même réussi à dénicher toute une série de produits alternatifs en rayon.(présentation). Il y a certains produits pour lesquels c’est plus difficile : la margarine. On peut la remplacer par une fine couche de bon beurre bio. Et le choco… Là, je vous propose de le réaliser vous même en moins de 5 minutes. Je poste sur le site de Sans Chichis une recette de choco praliné maison du tonnerre. Le changement est tout bénéfice aussi pour les artères quand on cuisine un peu plus soi-même : l’huile de palme qui est présente dans les produits culinaires préparés est une huile très saturée, qui n’est pas bonne pour la santé cardio-vasculaire. Encore moins lorsqu’elle est hydrogénée, ce qui est souvent le cas !

Attention: on trouve aussi des produits à l’huile de palme bio ou à l’huile de palme certifiée durable…L’huile de palme « Bio » n’est pas pour autant satisfaisante pour le moment, explique Chanee. L’exemple le plus souvent cité est une plantation en Colombie, ou certes si elle certifiait BIO les terres ont été spoliées aux populations. Aussi, pour que l’huile de palme soit vraiment « BIO », il faut une traçabilité, donc des raffineries uniques pour l’huile de palme BIO, et cela, à ma connaissance n’existe pas.

On peut aussi soutenir l’association Kalaweit en en devenant membre. Le projet a pour marraine Muriel Robin.  On peut suivre au quotidien la vie du projet sur le site web http://www.kalaweit.org/ où Chanee tient un blog.

Je laisse le mot de la fin à Chanee: Un monde sans gibbon, c’est un monde sans forêt, et un monde sans forêt, c’est un monde dont l’homme au bout du compte pâtira : on ne peut pas se permettre de retirer des pièces de ce puzzle et continuer à s’en tirer très bien…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires2 Comments

  1. Marie-Rose dit :

    Bonjour Isabelle

    Je voulais vous féliciter pour votre rubrique dans sans chichis; C’ est ma rubrique préférée.
    J’ aime aussi la cuisine de Gérald bien que ça manque d’hygiène. Quand je vois certains caresser le chat puis aider pour dresser les assiettes où Gerald déposer son fessier sur la table de travail non non .

  2. Isabelle dit :

    Bonjour Marie-Rose,

    merci pour ce commentaire! N’oubliez pas que c’est de la télé… Vous ne voyez pas toutes les phases du travail de Gérald qui se lave les mains régulièrement!-)
    Au plaisir de vous lire encore prochainement…

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