Oxfam Trailwalker: récit d’une expérience… et appel à dons!

Par · 22 août 2011

34031_132016653488145_117593284930482_231152_1996714_nDans quelques jours, cela fera un an qu’avec 3 amies nous prenions part à Oxfam Trailwalker. Une expérience folle, basée sur la solidarité: marcher 100 km en 30 heures! Je vous livre ci-dessous le récit de cette aventure qui me donne encore des frissons et ‘en donnera, j’espère, tout le reste de ma vie. Cette année, nos 4 hommes ont pris part à leur tour au défi. Alors, si ce récit vous a ému, n’hésitez pas à les encourager en participant à votre manière, et en réalisant un don via leur page OTW, celle des Purs 100. Vous pouvez aussi aider les Runox, équipe amie, à qui il manque à l’heure où j’écris ces lignes, quelques 300 euros pour prendre part au trail… A votre bon coeur, et merci!


C’est un matin de février que cette aventure m’a happée ! En ouvrant mon journal, je découvre un encart qui m’intrigue : on y voit une grande photo de deux pieds féminins sous un bureau, l’un en chaussure à talon, l’autre en chaussure de sport, le tout accompagné d’une question : « Etes-vous ordinaire ou extraordinaire ? »…C’est une invitation à participer à Oxfam Trailwalker : organisé pour la 3e fois dans notre pays par l’ONG Oxfam Solidarité, cet événement a pour but de réunir des fonds au travers d’une marche parrainée hors du commun… Des équipes de 4 personnes s’engagent à un double défi : réunir 1500 euros de dons, et parcourir ensemble 100 kilomètres en moins de 30 heures lors d’un wek end qui a lieu dans les Fagnes, à la fin du mois d’août ! Sans doute n’aurais-je pas été tentée par ce challenge s’il s’était agi juste d’un défi sportif ou d’une simple récolte de fonds… Ce qui m’a touchée sans doute, c’est la combinaison des deux, et surtout  l’idée de former une équipe autour d’un projet fort. Une idée qui correspondait à mon envie de bouger et de sentir que le monde est encore capable de choses belles et bonnes. Dans la demi-heure, je lançais un appel aux candidates sur Facebook… Et en moins d’une semaine, l’équipe était formée : mes amies Catherine, Béné et Claire, se sont décidées sans la moindre hésitation et avec le même enthousiasme que moi. Agées de 35 à 42 ans, nous sommes mamans ensemble de 14 enfants, et avons chacune une vie professionnelle bien remplie : le challenge de trouver du temps pour s’entraîner et réunir des fonds était de taille. Mais chacune de nous l’a mesuré et attaqué avec optimisme ! Soutenues par nos époux respectifs, nous nous sommes lancées dans l’aventure en prenant le nom des « DfI en FoLiE ».


Je me souviendrai toute ma vie de notre premier entraînement, le 21 mars. Aussi excitées que des ados, nous avions choisi une marche ADEPS de 15 kilomètres à Flémalle, et prévenu nos hommes qu’il ne nous faudrait que 2h15 pour faire ce parcours ! Pour cette première journée de printemps, la pluie était au rendez-vous. Les sentiers boueux n’en finissaient pas de monter et descendre le long des coteaux mosans : nous découvrions la notion de dénivelé en même temps que des parties de nos corps que nous avions oubliées, et qui se rappelaient à nous comme de vieilles mécaniques rouillées ! Au bout de 2 heures, croyant être au bout de nos peines, nous rencontrons des membres de l’organisation qui nous annoncent que nous sommes à peine à la moitié du chemin !  Quelles têtes on tirait ! Trempées, on s’est mises à rire de notre évaluation trop optimiste de nos performances de base ! Le ton était donné : rien n’entamerait notre volonté et notre bonne humeur, pas même les gentilles moqueries de nos hommes à notre retour !


68383_146184005426664_100001051976682_246194_2674760_nLes entraînements se sont ensuite succédés au rythme des semaines : après avoir amélioré notre temps pour parcourir 15 kilomètres, nous en avons fait 20 puis 30. Lors de ces marches, nous avons croisé d’autres équipes avec qui nous avons tissé des liens. La récolte de fonds est allée bon train : notre cagnotte montait au fur et à mesure que nos mollets se raffermissaient ! Il y a eu quelques moments plus difficiles : lorsque l’une ou l’autre décide de faire l’impasse sur un entraînement (ce qui fut inévitable, à un moment où à un autre, pour continuer à assurer une présence familiale), c’est toujours un déchirement… En mai, Béné doit subir une opération chirurgicale. Elle se passe mal, et sa convalescence sera plus longue que prévue. Pourtant, rien n’atteindra sa détermination ! Début juin, elle nous manque beaucoup lors d’un week-end où nous parcourons pour la première fois 70 km… Patience ! Fin juin, la voilà de retour, sur pieds, pour notre soirée de récolte de fonds. En juillet et août, on poursuit les entraînements, faisant fi même des canicules. On parfait notre équipement et l’organisation du fameux week-end. Rien n’est laissé au hasard : chaussures, crèmes en tout genre, potions magiques et granules, menu des jours qui précèdent le jour J, composition des repas et organisation du bivouac…Au fil des dernières semaines la tension monte. Chacune prend des vacances, et alors que je me retrouve seule en Belgique, noyée de boulot, le doute m’assaille…Vais-je y arriver ? Heureusement, notre entourage veille sur nous: les supporters nous encouragent, le moral remonte… La dernière semaine avant le challenge, l’impatience et une certaine nervosité sont au rendez-vous ! Alors que toute activité est déconseillée, on a la bougeotte ! Le 27 août au soir, on rejoint la villa prêtée par les parents d’Amélie, une amie, à dix minutes de l’endroit de départ… Dur-dur de gérer le stress. J’arrive après une longue journée de boulot, et un long parcours en voiture pour disséminer à gauche et à droite notre progéniture. Je ne rejoindrai le lit qu’à minuit, et déjà à 5h30 il faut se lever. Les hommes nous chouchoutent. Il y a de l’excitation dans l’air. A 6h30, on monte dans la camionnette. A 7 heures moins le quart, nous voilà dans le centre d’Eupen, entourées d’une foule de marcheurs… Première vague d’émotion lorsqu’on donne le départ. On embrasse nos hommes. Le moment tant attendu est arrivé. Plus de 200 équipes prennent le départ, soit 800 marcheurs, et 1600 pieds qui talonnent les rues d’Eupen, dans un long convoi de bonne humeur. Tout au long du chemin, autorisés à rencontrer notre équipe de supporters. Au premier check-point, notre équipe de supporters nous attend. Nous ne nous arrêtons que le temps de les embrasser, et poursuivons notre route, histoire de gagner du temps.


Dans les bois, à une vingtaine de kilomètres du départ, on partage un bout de chemin avec l’équipe « Tous à bord », qui nous époustoufle et nous émeut : un des coéquipiers est non-voyant, et les 3 autres le guident, et l’aident dans les passages difficiles.


Un peu geek sur les bords, je suis équipée de mon Iphone. Mon programme de podomètre inscrit notre parcours en temps réel sur ma page Facebook, et l’appareil lit tout haut les messages d’encouragement que me laissent les amis sur le mur… Les sms sont aussi abondants, et nous donnent du cœur ! Les dons continuent à affluer, alors que nous avions déjà dépassé les 4000 euros. Jusqu’à Mützenich, où est prévue la pause de midi, à environ 28 km du départ, le chemin nous paraît une promenade de santé… La routine, parsemée de mini-pauses pour pallier aux inévitables envies de vidange, pour s’étirer ou prendre une collation.


41310_470432915294_572760294_7071119_4312476_nA Mützenich, notre équipe technique nous attend avec du bouillon et des sandwichs. Juliette, amie kiné, et Pierre, mari de Béné qui est kiné lui aussi, nous offrent les premiers massages… La pause est écourtée par la pluie. Nous reprenons la route couvertes de ponchos imperméables qui couvrent nos sac à dos et nous donnent d’étranges silhouettes. On a bien failli se refroidir…Mais les massages ont été bénéfiques. Ils ont renouvelé notre énergie !  Heureusement, car la pluie est au rendez-vous. Nous aurons même droit à une grêle qui n’arrivera pourtant pas à faire fléchir notre enthousiasme. Les paysages des Fagnes sont magnifiques, teintés noires d’un camaïeu de nuages gris et noirs. Les tourbières sont imbibées d’eau au point que le parcours a dû être modifié, mais nos chaussettes ne manqueront pas d’être tout de même mouillées. Faire ce type de chemin, c’est apprendre à accepter les imprévus. Alors que j’avais soigneusement mis au point et testé avec succès une playlist musicale pour m’aider à parcourir les 4 derniers kilomètres avant l’arrivée à Botrange, les batteries de mon Iphone ont déclaré forfait avant ce moment. Qu’importe, les jambe et la tête tiennent le coup encore mieux que lorsque nous avions fait ce tronçon lors des entraînements.


45449_470432950294_572760294_7071120_1993877_nA l’arrivée au Signal de Botrange, on sent tout de même dans nos pattes les 46,8 kilomètres  parcourus. Emotion : au bout de la dernière longue ligne droite, en faux plat, j’aperçois la silhouette de ma maman ! Première larmes de joie ! Quelle euphorie de retrouver ceux qu’on aime ! Au check Point, un photographe est séduit par notre mascotte, une marmotte qui siffle quand on appuie sur son ventre. Ce cadeau de mes 2 grands garçons et de mes parents m’accompagne à l’arrière de mon sac à dos et fait sourire tout le monde…Un vrai bivouac nous attend : banderole, table de massage, auvent, camionnette aménagée en vestiaire-salle de bain de fortune. Tous les participants n’ont pas la chance d’être aussi bien soutenus. Certains doivent faire une longue file aux postes prévus par l’organisation pour les massages, l’infirmerie, le ravitaillement… Après une délicieuse soupe, des pâtes al dente, de vigoureux et savants massages, et une séance d’hypnose régénérante offerte par ma maman, nous voilà  remises à neuf ! On reprend la route à 18h15, sous la pluie, en sachant qu’on ne reverra nos supporters que tard dans la nuit, 30 kilomètres plus loin ! Juste avant le départ, on apprend que les premiers concurrents sont déjà arrivés à Eupen !

40960_470430755294_572760294_7070997_4655330_nQu’importe, la pause nous a requinquées : nous repartons dans un élan dynamique, et poussons des cris de joie (vive les endorphines !) lorsque le podomètre indique qu’on a parcouru la moitié des 100 km ! Certains participants réalisent tout le parcours en courant. Ce n’est le cas que de quelques équipes. Pour nous comme pour la plupart des autres, le trail se fait à un pas rapide, d’environ 6 km/ heure…L’exercice n’est pas plus facile, mais complètement différent. Il nous confronte à  d’autres difficultés : c’est une épreuve d’endurance, mot dont on découvre vraiment le sens lorsque la nuit qui tombe.


Dans le soleil couchant, on dépasse quelques équipes qui commencent à avoir du mal. Certains ont des cloches. Un participant souffre du genoux. Une autre s’est tordue la cheville, elle va devoir abandonner. Sans s’arrêter, on s’échange, le temps de quelques pas en commun, des remèdes et un peu de bonne humeur, quelques histoires. On se souvient qu’on est là parce qu’on en a envie, pour le plaisir, alors que certains dans le monde sont poussés sur les routes par le malheur, sans la perspective d’un accueil réconfortant au bout du chemin. Une idée me traverse l’esprit, en voyant un participant souffrir, déjà certain, les larmes aux yeux, qu’il va devoir abandonner : il faut être un peu fou pour se retrouver sur ces chemins, à se faire inévitablement mal, parce qu’on en a envie ! Après 21h, la nuit tombe. Coup de pompe ! Le chemin est plus que boueux… Et le rythme biologique se rappelle à chacun de nous. On est debout depuis près de 17 h. Les visages commencent à être marqués. Je commence à ressentir des douleurs dans les jambes. Un petit anti-inflammatoire me redonne du peps. Un bout de chemin avec une équipe de jeunes qui chantent à tue-tête nous mettra du baume au cœur. On croise un organisateur qui remonte le chemin à rebrousse-poil à la recherche d’un participant qui a besoin d’aide. Il nous pousse lui aussi une chansonnette en Allemand qui regonfle notre moral. Je passe un coup de fil à ma sœur, pour prendre des nouvelles de mon petit 4e, en vacances pour le week-end chez elle. La papote avec elle puis avec son copain me font du bien…On rit car ils me demandent de m’arrêter, et je me rends compte que ça reste hors de question, même pour 5 minutes ! ça fait du bien de me rendre compte que ma détermination est intacte. Pendant ce temps, une de mes coéquipières, Catherine, a du mal. Après la tombée de la nuit, les moments d’euphorie et la confrontation à la douleur et la fatigue ne cessent de se rapprocher au point de s’entremêler. C’est un curieux mélange de sentiments. Il fait noir et froid. Mon estomac ne semble plus rien vouloir accepter : un reflux gastrique me donne un goût suret en bouche, j’ai la nausée. Mon genou gauche est de plus en plus douloureux. Dans l’obscurité, les marcheurs deviennent silencieux, se concentrant sur leurs pas, leurs efforts et le sentier éclairé seulement par leurs lampes frontales. On ne voit plus de visages. C’est pour moi le moment le plus dur. Je ressens alors deux difficultés. Rester une équipe alors qu’on ne vit pas les choses de la même façon, au même moment…Et accepter ses faiblesses. Mes comparses me semblent tellement mures, courageuses ! Elles ne se plaignent pas, tandis qu’à chaque pas, durant les derniers km qui nous séparent de La Gileppe, je verse des larmes et laisse échapper gémissement et/ou jurons, maudissant ce genou qui me lâche…Jamais pourtant l’idée ne m’est venue d’abandonner !

A l’arrivée à La Gileppe, à 78 km du départ, 22 de l’arrivée, nos supporters sont surpris, presqu’effrayés, de nous découvrir tellement épuisées que nous ne savons pas, les premières minutes, ce que nous voulons faire : manger, s’asseoir, se soigner, dormir ? Au bout de 15 minutes de prise en charge, le sourire est à nouveau présent sur toutes les lèvres, avec même quelques éclats de rire. Nous avons bien marché, et l’équipe nous a installé une tente tout confort : nous avons 2 heures devant nous pour dormir… Ce sera difficile, dans le bruit de ce campement gigantesque, où certaines équipes ne font que transiter quelques minutes, décidant quant à elles de poursuivre la route de nuit… Nous optons pourtant pour nous allonger. Je fermerai les yeux 2 fois 10 minutes. A la sortie de la couette, les douleurs sont au rendez-vous. On se force à avaler un petit déjeuner, alors que plus rien ne nous goûte. Les supporters sont autorisés à marcher avec nous. Mon homme est à mes côtés, ça fait du bien. Je suis à la traîne du groupe, la remise en route est difficile. Je me sens rouillée… Les derniers tronçons sont plus courts mais chaque pas posé à terre nous coûte, il suffit de voir nos démarches pour le comprendre. J’admire Béné, qui rythme notre marche au bruit de se bâtons, tel un métronome, ne se plaignant pas une minute alors qu’elle souffre encore d’un hématome dû à son opération. Catherine a les yeux gonflés de fatigue et d’émotions, mais ne flanche pas. Notre « Clairette », toute menue, d’une bonne humeur inflexible, pose chaque pied à terre comme si elle marchait sur des œufs ! Je les adore ! Quelles nanas ! J’enrage de me sentir si pleurnicharde. Après les 5 premiers km du matin, une longue descente devient un calvaire pour moi : chaque pas sur cette pente produit l’effet d’un clou qu’on enfoncerait une fois dans le genou gauche, une fois dans le droit. On marque une longue pause, au chaud dans une grange, vers 7h du matin. Pierre ressuscite mes genoux avec des massages miraculeux ! L’équipe est là, chaleureuse, qui nous entoure et veille sur nous, et exauce le moindre de nos désirs. Amé refait mes lacets…. Le soleil s’est enfin vraiment levé. Il tombe des cordes mais il fait clair. On reprend la route jusqu’au dernier check-point à 7 km de l’arrivée. On retrouve nos supporters, et là, les sentiments se mélangent à nouveau. On est désormais sures que l’on arrivera, dans les temps, et à 4, au bout de cette aventure. Mais alors que la fin des douleurs se profile, c’est aussi la fin de l’aventure qui arrive. Joie et tristesse se mélange. On a envie d’avancer et en même temps de freiner, on veut savourer le moment présent, profiter encore de cette ambiance, et de cette amitié surtout, si forte, si tangible, qui nous lie et nous a réunies autour d’un projet aussi fou. Nous reprenons la route juste à nous 4.  Les derniers km se font dans le silence, une étrange concentration, presque une communion dans l’effort entre les 4 mamans que nous sommes. Nos enfants (on en a 14, à nous 4 !) nous manquent, on a envie de les voir, et ils sont au bout du chemin… Après quelques km dans les bois, entre les champignons, et sur fond d’une odeur entêtante d’humus, on entre dans les rues d’Eupen. A 2 bons km de l’arrivée, les enfants de Catherine sont là. Larmes de joie ! Béné presse le pas, on suit…

68383_146184012093330_100001051976682_246196_5370680_nUne dernière côte à grimper avant l’arrivée. Et là, dans un double éclair, je sens comme deux flèches atteindre le bas de mes jambes. Claquage ! Je m’arrête, masse une jambe, l’étire… Sur le trottoir devant moi, les filles s’éloignent. Mais je vois une autre silhouette se rapprocher : c’est Simon, mon grand garçon de dix ans. Embrassades, on redémarre, Baptiste est là lui aussi, pour voir du haut de ses 8 ans si la marmotte qu’il a choisi pour moi rempli bien son rôle ! Pas question de flancher ! Mes parents sont là aussi, de la fierté dans les yeux ! On entend l’orchestre de l’arrivée. Les larmes perlent sur les joues. Doit-on rire ou pleurer ? Nos amis et amours sont là, banderole bien en vue, et bouteilles de bulles prêtes à déboucher…On se serre en rang à 4, on s’embrasse. On l’a fait ! 100 km en 27h et 50 minutes… Une leçon de vie, d’humilité, d’amour, d’amitié, de solidarité. Un souvenir pour la vie ! Et plus qu’un souvenir : un nouveau projet en devenir…C’est décidé, plus jamais je ne m’arrêterai de marcher. Et l’an prochain, nos hommes relèvent le défi ! Nous serons supporters !

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